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Corinne
Chaufour
Le dessin entre le réel
et l'illusion appelle la mémoire d'une imagerie ancienne
proche de l'expressionnisme, dans une mythologie personnelle qui
serait celle de pièces enfantines et noires. Le recours à
la métaphore du conte par ses figures (un train- une roue-une
boule- un lapin ) efface les frontières visibles d'un espace
et d'un temps vraisemblables créant une familiarité
avec l'étrange pouvant évoquer certaines images du
cinéma en noir et blanc La Nuit du Chasseur
de Charles Laughton par exemple, comme une déambulation
d'un songe mélancolique presque somnambulique comme si le
dessin voulait rester bel et bien dans sa nuit.
Le dessin pour moi n'a
jamais été autre chose qu'une écriture où
tout se passe dans l'émergence primitive de la trace parmi
toutes les façons possibles de l'instant.
J'aime les avions dans
la surface plane du ciel ; je me fais croire qu'ils avancent vers
le rien laissant derrière eux une ligne blanche, l'écriture
de leur trajet : un dessin déjà.
DESSINER -ne pas parler-
- inscrire des mots, -des alphabets, -des formes, -des points cardinaux,
des étoiles, - des chiffres, - des figures: - un train -
une maison- la lune.
Que je dessine des portes
sans maison, des ruines en pointillés, des points pour le
cosmos ou le dos tragique d'un lapin, je trace mon royaume ou simplement
les signes d'une autre réalité en familiarité
avec l'étrange et l'invisible.
Se tenir au plus près de lui autant qu'on veut ; autant qu'on
peut.
En cette seconde, cet invisible peut être une balle, une boule,
un caillou taillé dans son mystère.
Le dessin n'a pas de limite, une seule trace suffit. La vision illusoire
s'égarant en chemin vers une immédiate fascination
comme une errance presque parfois absurde.
On m'a dit que le lièvre était un animal grand c'est
à dire plus grand qu'on ne l'imagine; j'imagine aussi des
dessins plus grands que ceux que je fais.
Je fais des rêves de granges, de grands dessins que je mettrai
dans la grande grange. Un grand lièvre courant sur le chemin
qui mène à la grande grange.
Courir dans le dessin, courir comme le lièvre parce que j'ai
décidé que chaque dessin libèrera de la place
à chaque autre dessin parce que c'est incontrôlable:
un orage de traits, de la limaille, ça circule.
Chaque dessin est un acte décisif où chaque jour je
fais personnellement un choix suffisamment intense pour être
défait par l'impulsion qui ne donne plus le choix, alors
du fait de cette intensité je traverse le miroir c'est à
dire jusqu'à ce que la fatigue arrive, celle où l'on
n'y voit plus rien. Je me dis alors: pourquoi le dessin?
Parce que c'est loin.
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